L'Auberge de l'Ange-Gardien et le haricot de mouton

Dans « L'Auberge de l'Ange-Gardien », premier récit de Un ange cornu avec des ailes de tôle[1], Tremblay raconte son expérience de lecture avec son tout premier vrai livre, écrit par Comtesse de Ségur. Vous lirez le sens qu'il donnait au mot Comtesse à l'âge de sept ans et vous serez joyeux pour le reste de vos jours. Je ne vous le dirai pas parce que je ne veux pas voler le mot à l'auteur, ni vous laisser la chance de lire le livre. Je préfère revenir à mon plat du jour : le mystérieux haricot de mouton…

Michel Tremblay se remémore donc dans ce récit, que dans le tout premier livre qu'il a lu tout seul au complet de toute sa vie, livre qu'il avait reçu en cadeau de sa mère pour Noël [«et ce fut toute une aventure»], ils mangeaient du « haricot de mouton ».

Puis, au beau milieu de la description d'un repas, je tombai sur un bout de phrase qui me laissa pour le moins perplexe : « … vint un haricot de mouton aux pommes de terre. » Je relus bien attentivement la phrase. Je ne m'étais pas trompé…

L'enfant courut demander des explications à sa grand-mère qui en demanda à sa mère. S'en est suivi une discussion avec toutes sortes d'interrogations du genre :

« Comment est-ce qu'un mouton peut avoir des haricots, veux-tu ben me le dire ? Des haricots, c'est des légumes, ça peut pas pousser dans les moutons ! Est-tu folle, elle ! A'l'a jamais faite cuire de mouton de sa vie certain, c'te comtesse là ! […] ».

Et des suppositions comme :

« C'est peut-être une erreur de l'imprimeur… », ou encore que le haricot devait être une partie du mouton en forme de fève (« pis en anglais on dit des kidney beans », donc des rognons !

— C'est ça, j'pense, Michel, on l'a trouvé… 'Coudonc, j'vois pas c'que ça pourrait être d'autre… C'est des rognons de mouton avec des patates.
— Pis des binnes…
— Ben non, madame Tremblay, ça serait écrit : « … puis vint un haricot de mouton avec des haricots et des pommes de terre… » C'est pas ça qui est écrit.

Finalement le constat de la méprise qui fait sourire :

— C'est ainsi que je pensai pendant toute mon enfance que les Français appelaient les rognons des haricots !

Un peu de Comtesse de Ségur ? [catégorie=Contes]

Note

[1] TREMBLAY, Michel, Un ange cornu avec des ailes de tôle, Leméac/Actes sud, 1994.

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